La jacquère pousse sur les ruines d'une catastrophe. En 1248, la face nord du mont Granier s'effondra, ensevelissant des villages au sud de Chambéry ; les éboulis laissés par le glissement — Apremont, Les Abymes — se révélèrent une terre à vigne idéale, et l'enfant du gouais blanc qui les colonisa devint le blanc quotidien de la Savoie.
C'est le désaltérant alpin : léger, sec, discrètement fumé et herbacé, dépassant rarement onze degrés, fait pour être bu jeune avec la fondue et les poissons de lac. De hauts rendements l'ont longtemps cantonné au vin de carafe de montagne, mais son faible alcool et sa retenue pierreuse se lisent autrement aujourd'hui — les vignerons qui domptent sa vigueur y trouvent un blanc aussi clair et froid que les torrents qui traversent ses vignes.