L'archive est d'une précision rare : en avril 1659, l'abbé de Castell fit planter les premiers silvaners documentés d'Allemagne, et la Franconie ne lâcha plus le cépage. Tandis que le reste du pays livrait ses coteaux au riesling, la Franconie garda foi dans le silvaner sur le calcaire coquillier qui domine les méandres du Main, où le cépage devient terrien, sec, sobrement pierreux.
Sa bouteille est sa bannière : le bocksbeutel, flacon rond et aplati protégé depuis 1728, reconnaissable à travers une pièce et obstinément rétif aux casiers à vin. Le vin qu'il contient est l'anti-riesling — de la texture et du sol plutôt que du fruit et de l'éclat — et c'est pourquoi les sommeliers allemands, quand on leur demande ce qu'ils boivent eux-mêmes, citent si souvent un silvaner de Franconie avant de changer de sujet.