Le lambrusco est le rouge violet et moussant de l'Émilie, une famille de cépages plus qu'un seul : le sorbara donne un brut pâle comme un rosé, tout de griotte et de rose ; le grasparossa vient sombre, tannique, à l'écume pourpre. Sa raison d'être est la table qui l'a vu naître — rien d'autre ne tranche la cuisine de cochon et de crème de l'Émilie, et il se boit frais, jeune et souvent.
Dans les années 1970-80, une version sucrée pour l'export — le « coca italien » — conquit l'Amérique par bateaux-citernes et ruina le nom ; pendant une génération, lambrusco voulut dire bon marché et sucré. La renaissance se bâtit bouteille par bouteille : des vins secs, de facture traditionnelle, dans les zones historiques autour de Modène, jusqu'à ce que les sommeliers du dehors réapprennent ce que l'Émilie n'avait jamais oublié.