Le madère est le vin immortel, et le devint par accident. Muté pour survivre à la route des Indes, il se révéla meilleur au retour, bonifié dans la cale surchauffée ; les négociants se mirent à expédier des pipes sous les tropiques à dessein, et l'estufagem et l'élevage en canteiro simulent aujourd'hui le voyage à terre — chaleur voulue, oxydation voulue, un vin qui ne peut plus se gâter. Les millésimes centenaires s'ouvrent sans se pleurer.
L'histoire l'imprégna tôt. Les colonies américaines buvaient le madère à la pipe, et l'indépendance fut portée à sa santé en 1776 ; le duc de Clarence, noyé en 1478 dans un fût de malvoisie, reste sa plus sombre réclame. Le tinta negra porte aujourd'hui les volumes, tandis que sercial, verdelho, boal et malvasia nomment l'échelle du plus sec au plus doux.