Colonisée dans les années 1420, l'île fut plantée presque aussitôt de malvasia venue de Crète, et sa fortune tint à la géographie : Madère se trouvait sur les routes de la voile atlantique, et son vin, chose unique, sortait bonifié du voyage — la chaleur et le roulis des cales l'arrondissaient et l'approfondissaient, découverte que l'île reproduisit ensuite à terre dans les estufas.
Madère devint la cave de l'Amérique coloniale, servie pour porter le toast de la Déclaration d'indépendance en 1776. L'oïdium puis le phylloxéra dévastèrent le vignoble au XIXe siècle, et il ne retrouva jamais son étendue d'autrefois : aujourd'hui, quelques centaines d'hectares de minuscules poios en terrasses grimpent de la mer jusqu'aux nuages, travaillés à la main entre les bananeraies.