En 1395, Philippe le Hardi bannit le gamay de Bourgogne comme « très déloyaux plant » ; le cépage trouva refuge juste au sud, sur les collines de granite rose entre le Mâconnais et Lyon. Il n'en est jamais reparti : les vignes en gobelet, taillées bas contre le granite, couvrent encore presque toute la région, et Lyon se dit depuis longtemps arrosée par trois fleuves — le Rhône, la Saône et le beaujolais.
À la fin du XXe siècle, le beaujolais nouveau, mis en marché le troisième jeudi de novembre, porta le nom autour du monde avant de le galvauder ; le contrecoup du boom fit chuter les prix et arracher des vignes. Le renouveau vient des dix crus du nord — Morgon, Fleurie ou Moulin-à-Vent — où de vieilles vignes sur granite prouvent que le gamay peut être aussi sérieux que joyeux.