Le cépage doré du Sauternais, chez lui depuis au moins le début du XVIIIe siècle, jadis si répandu que la vigne blanche couvrait en Gironde plus de surface que la noire. Sa pellicule fine est son génie : quand les brumes d'automne du Ciron apportent Botrytis cinerea, le sémillon se concentre en nectar de miel et de cire au lieu de pourrir — c'est Sauternes même.
En sec, il est la moitié discrète du duo des blancs de Bordeaux — l'ampleur, la cire et le fruit à noyau face au nerf d'agrumes du sauvignon — et dans les vieux assemblages des Graves il vieillit vers une profondeur grillée, parfumée de lanoline. Sa surface a fondu avec celle du vignoble blanc, mais nul cépage n'est plus bordelais de tempérament : patient, sans esbroufe, bâti pour le temps.