Le grand rouge de l'Europe centrale est, comme tant de cépages européens, un enfant du prolifique gouais blanc. Le blaufränkisch a son fief moderne dans le Burgenland autrichien, sur les pentes qui entourent le vaste lac peu profond de Neusiedl, dont la chaleur le mûrit tandis que son acidité propre garde les vins tendus. De l'autre côté de la frontière hongroise, il est le kékfrankos, premier cépage du bikavér d'Eger — le « sang de taureau » dont la légende fait remonter le nom au siège de 1552.
Lemberger en Allemagne, frankovka chez les Slaves, il porte bien des noms pour une seule personnalité : fruit de cerise poivré, veine de fer, acidité éclatante et une énergie fraîche et pleine de sève. Les dégustateurs le placent, justement, entre la réponse danubienne au pinot et sa réponse à la syrah.