Longtemps parée d'une légende persane — une vigne rapportée de Chiraz par un croisé — la syrah est en vérité fille du Rhône septentrional : l'analyse ADN de 1998 a nommé ses parents, la dureza, vieux rouge ardéchois, et la mondeuse blanche de Savoie. Elle est chez elle sur la colline granitique de l'Hermitage et les schistes abrupts de la Côte-Rôtie, où elle donne quelques-uns des rouges les plus aptes à la garde de France.
Sa signature est le poivre — la rotundone, molécule qu'elle porte plus que presque tout autre cépage — sur la mûre, la violette et la viande fumée, dans une charpente sombre et ferme. En 1832, James Busby en emporta des sarments en Australie, où, sous le nom de shiraz, elle devint un emblème national, mûrissant vers une opulence plus chaude et plus douce dans la Barossa. Fraîche ou solaire, poivrée ou capiteuse, elle est l'un des rares cépages également convaincants dans deux styles radicalement différents.