Le nom apparaît dans les registres libournais en 1784 — « merlau », le cépage du petit merle, qui en raffolerait. Croisement naturel du cabernet franc et de l'obscure magdeleine noire des Charentes, le merlot débourre tôt, produit généreusement et enrobe le palais d'un fruit souple de prune — tout ce que demandent les argiles froides de la rive droite.
Son ascension est récente et totale. Second rôle au XIXe siècle, il hérite du terrain perdu par le malbec après le gel de 1956 et ne le rend jamais : le merlot est aujourd'hui, et de loin, le cépage le plus planté de Bordeaux, la chair de Saint-Émilion et de Pomerol comme des domaines de la rive droite tel le Château de Brague, et le partenaire majoritaire discret de bien des assemblages médocains.